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H mazeaudHenri Mazeaud (1900-1993) et les Mazeaud. Henri Mazeaud est un personnage de légende dans l’univers du droit privé, à la fois pour la place qu’il conquit grâce à son aura et ses écrits, mais également, en raison de son parcours extra-universitaire et de la lignée des Mazeaud qui laisse encore aujourd’hui une empreinte majeure sur la doctrine française.

 

Petit-fils de magistrat, fils d’un président de chambre à la Cour de cassation, Henri Mazeaud est docteur en droit très tôt, et réussit comme major, le concours d’agrégation en 1926.

 

Il a un frère jumeau, son sosie, Léon. On peut imaginer ce que cette ressemblance put produire comme facéties chez deux esprits particulièrement brillants. Ainsi disait-on, un temps, et c’est évidemment faux, qu’Henri repassa le concours d’agrégation pour son frère Léon, en 1928.


Professeur à Lille dans un premier temps, il migre vers l’Université de Paris en 1939 après avoir occupé un poste à Varsovie de 1931 à 1939, où il se rend pendant un semestre par an, où il devient le directeur de
l’Institut Français puis Chef de la Mission Universitaire française en Pologne. Mobilisé en 1939, dans l’administration militaire, il s’ennuie et demande son affectation dans la brigade polonaise comme sous-lieutenant et participe brillamment à la Campagne de Norvège début 1940. Démobilisé, il retrouve sa chaire à Paris, où, un peu comme Pierre Henri Teitgen à Montpellier, il prône la lutte contre l’occupant, puis entre dans la Résistance, devient le chef du mouvement Alliance, fait le coup de main (action qui lui vaudra d’être officier de la Légion d’Honneur et la médaille de la Résistance) et s’engage en 1944, comme capitaine, dans la première division blindée… polonaise et, la paix assurée, retourne à Paris. Il sera élu à l’Institut (Académie des Sciences Morales et Politiques) en 1963.

 

Lorsque l’on évoquait, jusqu’à il y encore très peu de temps, « les Mazeaud », on citait les Leçons de droit civil publiées par Henri, Léon et Jean Mazeaud.


Léon était le frère jumeau d’Henri, engagé dans la résistance comme lui et également professeur à l’université de Paris, il avait été déporté à Buchenwald et, lorsqu’il en revint, il fonda le mouvement l’Union des déportés dont il devint le président et participa à la création du RPF, le Rassemblement du Peuple Français, de de Gaulle (
Henri, Léon, Jean et Pierre Mazeaud, Visages dans la tourmente, 1939-1945, 1946).

Jean, plus jeune frère des deux premiers (et père de Pierre), était conseiller à la Cour de cassation.


Les leçons furent ainsi publiées par Henri, Léon et Jean auxquels furent ensuite associés plusieurs auteurs dont, notamment Michel de Juglard et François Chabas, l’élève préféré d’Henri, ouvrage qui a guidé des générations de juristes.

Cela fait déjà trois Mazeaud.


On peut ajouter Pierre Mazeaud, neveu d’Henri, aussi connu pour ses exploits alpestres (il dirigea la première conquête française de l’Everest en 1978) que politiques, gaulliste convaincu, et anciennement membre du Conseil constitutionnel, membre de l’institut (Académie des Sciences morales et politiques comme son oncle), Antoine Mazeaud, professeur à l’université Paris II, et spécialiste de droit du travail, Sabine Mazeaud-Leveneur, spécialiste de droit civil et plus particulièrement de droit de la famille (qui a réédité, d’ailleurs, quelques tomes du traité de son grand-père avec son époux Laurent Leveneur), et Denis Mazeaud (petit-fils d’Henri), très connu des spécialistes de droit des contrats, juriste de grand talent et éminemment sympathique, coqueluche des amphithéâtres et des amateurs de conférences, qu’on ne présente plus, sauf pour dire qu’il compte, avec Christophe Jamin notamment parmi les acteurs majeurs du renouveau du droit des contrats en France dans les années 2000, notamment, à travers la promotion du solidarisme contractuel, mais encore à travers la direction de la Revue des contrats, ses chroniques nombreuses, le plus souvent à la revue Dalloz, de l’ouvrage Droit de la responsabilité aux éditions Lamy, ce qui en fait l’un des grands spécialistes du droit des contrats et de la responsabilité civile. Pour les amateurs, les meilleurs articles de D. Mazeaud se trouvent dans les ouvrages offerts en l’honneur de professeurs, les
« mélanges » (not. « La nouvelle devise contractuelle : loyauté, solidarité, fraternité », Mélanges F. Terré, 1999, p. 603 ; « le nouvel ordre contractuel », RDC 2003, p. 285).

 

Du côté de l’œuvre, immense, Henri Mazeaud fut chroniqueur à la revue trimestrielle de droit civil qu’il tint pendent plus de vingt ans, à la suite de René Demogue.


Il fut surtout l’auteur de deux séries d’ouvrages majeurs, qui ont marqué leur temps et leurs lecteurs.

 

Le premier, dans l’ordre d’édition, fut le Traité théorique et pratique de la responsabilité civile rédigé avec son frère Léon Mazeaud, à partir de 1931, (et qui seront rejoints par André Tunc puis Jean Mazeaud) dont on peut dire qu’il a accompagné, et souvent précédé, tout le grand mouvement d’évolution du droit de la responsabilité civile, et tout spécialement la responsabilité du fait des choses.

 

Le second, qui restera l’ouvrage essentiel, est constitué des Leçons de droit civil parues en premier en 1955, avec ses frères Léon et  Jean. Rien que le titre est original dans un contexte où tout s’écrit sous forme de manuel ou de traité. De fait, les Leçons ressemblent à un manuel en ce sens que leur vertu est essentiellement pédagogique et veut accompagner les étudiants dans tout leur programme de droit civil, d’où les quatre tomes (on change alors les études qui ne cessent plus avec la Licence en trois ans, mais avec quatre années et la Maîtrise). Chaque leçon se veut didactique, intégrant un sommaire des lectures et est découpé en Leçons qui se suffisent à elles-mêmes.


Le succès fut foudroyant ; tout étudiant en droit disposait, jusque dans les années 1980, des « Mazeaud » et/ou des « Weill et Terré », leur concurrent direct chez Dalloz.

 

Qu’on ne pense pas que les Leçons sont un recueil de pensées sur des l’application de règles techniques ; tout au contraire, elles reflètent le volontarisme et l’humanisme qui avait, dès ses jeunes années, portées Henri Mazeaud aux quatre coins de l’Europe.

By DM

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