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Avertissement
320 8374183« Est-il besoin de préciser que ce roman est une œuvre de fiction même s’il se fond dans une trame historique dramatiquement réelle ? Toute ressemblance avec des personnages ayant véritablement existé ou des évènements qui se seraient vraiment déroulés serait donc purement fortuite, ou alors un coup de chance rare, hormis pour quelques salauds bien connus qui en ont été les acteurs maudits ».

« Inutile de préciser également que les droits d’auteurs sont protégés et appartiennent à Daniel Mainguy (© 2010) ».


« Cet ouvrage est publié sous forme de feuilleton, en ligne, sur www.daniel-mainguy.fr» ou en format "classique".

 

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Ne pas reproduire sans autorisation : « frappe et on t’ouvrira ».


Chapitre 15

  Chapitre 17

 

 

 

Mano a mano

 

Sarajevo, 11 juin 1995

 

En entendant la question et, surtout, le nom prononcé par Lemercier, Slobodan Radjicic resta la bouche ouverte.

— Le commandant Hussein, dites-vous ?

— Oui, vous le connaissez ?

— Et bien, oui et non. C'est drôle que vous l'évoquiez parce que précisément, je cherchais à l'instant à démontrer à vos amies françaises que l'on pouvait avoir une autre perception de l'âme bosniaque que celle qui procède de la simple addition d’une donnée ethnique, des serbes et des croates essentiellement, et d’une donnée religieuse, des croates catholiques, des serbes orthodoxes et des serbes musulmans, au contraire de ce que l'histoire politique de notre pays enseigne, par la construction d'un discours national bosniaque. Or justement, j'ai rencontré le commandant Hussein figurez-vous, par l'intermédiaire d'un soldat qui a servi dans son unité et qui a travaillé ici, au journal. J'avais alors suivi une de leurs opérations, Hussein n'était pas encore le commandant Hussein. J'avais en projet d'écrire un article sur la vie de ces hommes, les soldats de l'armée gouvernementale bosniaque. Hussein, qui ne s’appelle pas ainsi d’ailleurs mais Dragan Blavic comme vous l’avez mentionné et qui semble avoir choisi ce surnom je ne sais pourquoi, m'a convaincu de ne pas le publier. C’est que, en effet, son unité n'avait rien d’une unité ordinaire de l'armée gouvernementale bosniaque.

— Tiens, tiens. Et pourquoi cela ?

— Je vais vous raconter ma rencontre avec Hussein et mon « stage » dans son unité puisque Clara est revenue.

« Hussein, qui est devenu ensuite le commandant Hussein considère ses hommes comme ses propres fils, ceux qu'il n'aura peut-être jamais. Comme ses propres frères plutôt car c’est un homme très jeune qui doit avoir vingt-cinq ans environ. Malgré son jeune âge, il est devenu aujourd’hui un chef de bataillon respecté au sein d'une division bosniaque musulmane d'infanterie mécanisée du 7ème Corps de l'Armée gouvernementale bosniaque. Voila pour la nomenclature officielle. D'abord simple soldat, il avait été nommé sergent en raison de ses compétences et de son intelligence puis, très vite, nommé officier, au feu. Lieutenant depuis quelques mois, il commandait une section de combat quand son capitaine et tous les autres officiers de sa compagnie ont été tués lors d'un violent accrochage qui avait commencé par une embuscade serbe et s'était achevé en carnage lorsqu'ils avaient poursuivi leurs agresseurs et avaient subi la seconde embuscade qu'un ennemi machiavélique leur avait tendue. Il avait été nommé chef des restes de cette compagnie d'infanterie et, celle-ci recomposée, capitaine. C’est à ce moment que j’ai rencontré Hussein. Quelques mois plus tard, il était devenu l'adjoint du commandant du bataillon qu'il servait depuis ses débuts de combattant, le commandant Yesdine, un combattant très valeureux. A la mort de ce Yesdine en 1994, Hussein était naturellement devenu le chef du bataillon. En moins d’un an, il était devenu le chef d'une des plus brillantes et secrètes unités de l'armée gouvernementale. Il assumait tout l'héritage du commandant Yesdine et avait encore amélioré les capacités de son unité.

« Ce Yesdine était un très ancien soldat. Nous avons fait un article sur lui, il y a peu, je vous en donnerai une copie si, par miracle, Clara réussi à mettre la main dessus. Il était arrivé en Bosnie d'Afghanistan avec d’autres combattants, après que les soviétiques eussent été mis en déroute lorsque les troupes du commandant Massoud s'étaient heurtées à celles des intégristes afghans et leurs talibans. Yesdine disposait d'une incontestable autorité par sa stature et par l'expérience de la chose militaire développée au cours de son aventure afghane et, surtout, des dix ans passés auparavant au sein de la Légion étrangère. Il y avait appris la souffrance, la discipline, l'autorité permettant de commander à des hommes aux vies, aux cultures et aux langues disparates. Il y avait obtenu le grade de sergent-chef et le commandement d'une section d'infanterie. Il y avait surtout gagné l'expérience du combat, au Liban d’abord, puis en Afghanistan où il n'avait fait que rentabiliser son investissement guerrier.

« A la mort de Yesdine, Hussein avait d'abord refusé d'être nommé commandant par égard pour son ancien chef mais avait finalement accepté après que le général commandant de la division le lui ait personnellement demandé et, surtout, que ses hommes l'en aient pressé. Moderne petit caporal élu par ses pairs, il avait entièrement rebâti le bataillon à sa main à partir de 1994, sans que même ses chefs aient une parfaite idée de ce qu'il fomentait.

« Je ne sais pas grand chose d'autre sur lui que ce que j'ai pu recueillir de sa bouche même. Lorsque je l’ai rencontré, il avait quitté les vallées de la Neretva depuis deux ans environ. C’est en Herzégovine, entre Jablanica et Konjic, au nord-est de Mostar et à une cinquantaine de kilomètres de la mer Adriatique et de la côte dalmate. C’était le centre de l’ancienne Yougoslavie. Et le centre de la Bosnie-Herzégovine. Un centre désert et montagneux, à contenant quelques villages rares et isolés, sans route vraiment sérieuses pour les desservir. Il m’avait raconté qu'il se souvenait de ses années d'enfance dans ces vallées avec bonheur. Sa famille était principalement musulmane mais elle comptait aussi des orthodoxes et il avait beaucoup d’amis de toutes les nationalités. Je ne sais rien d’autres sur lui, sauf qu’il entretenait un lien très important avec d’autres membres du bataillon. Un lien très fort, personnel, comme s’ils partageaient un secret. Une quête plus exactement. Il conversait parfois avec d’autres, avec son radio, il s’appelait Samir et le suivait partout. Il me donnait la sensation sentiment d’être vidé de tout sentiment. Je pense que comme beaucoup, il avait perdu de la famille dans cette guerre. Il semblait combattre pour se venger, ou se perdre dans le combat.

« Je m'étais invité dans le bataillon qui était encore pour quelques temps celui de Yesdine, à son grand déplaisir d'ailleurs, grâce à une recommandation, plus qu'un ordre, du général de la division dont il dépendait. Yesdine, épaulé par Hussein, cherchait alors, à ce que j'ai crû comprendre, l'occasion de vérifier l'efficacité de cette force inédite dans l'armée bosniaque qu'il mettait sur pied, lors d'une attaque serbe lourdement appuyée par une unité de chars.

« Pour Hussein, qui venait d’être nommé commandant d’une compagnie du bataillon Yesdine, c'était le véritable baptême du feu en tant que commandant d’unité. Il avait mené sa compagnie dans des escarmouches et dans quelques combats avec l'armée bosniaque gouvernementale, mais ils ressemblaient davantage aux combats de la guerre de 1914-1918, menés par des soldats bedonnants enfermés dans des tranchées pour subir les tirs serbes qu'à la guerre technologique que promettaient les bouleversement des équipements et des armes modernes.

« Avec Yesdine en revanche, avant Hussein déjà donc, tout avait commencé à changer. Il voulait pour son bataillon des méthodes de combat modernes fondées sur la puissance de feu et la mobilité. Ce n'était possible que par un entraînement intensif et par un effort physique continu dans le combat où le soldat et son chef sont placés au même endroit, portent le même sac, souffrent également, encourent les mêmes risques. Entraînement difficile, guerre facile, répétaient ses officiers à la Légion. Yesdine avait reproduit ces leçons et Hussein n'avait ensuite fait que parfaire cet édifice assez original. N'oubliez pas que l'armée bosniaque est équipée de matériel soviétique et est constituée selon la doctrine militaire soviétique. Installer une doctrine militaire occidentale, surtout originale comme le système français et en plus sur le modèle de l'excellence tactique de la Légion étrangère était un pari audacieux et qu'il valait mieux tenir caché.

« J’ai pu voir ce que ça donnait à cette occasion. Tout le bataillon était prêt au combat. Ils attendaient les serbes et leurs chars de pied ferme. Dès que l'alerte avait été donnée par la division, Yesdine avait exigé d'être placé en première ligne, ce qu'il n'avait pas eu de mal à obtenir, dans cette armée faiblement équipée et désorganisée, gangrenée par l'incompétence de ses chefs, surprise du volontariat de ce modeste chef de bataillon.

« Il avait placé son bataillon à l'orée d'un bois situé au pied d'une colline qui faisait face à une enfilade de champs et de vergers d'où devaient débouler les chars puis les transports de troupes serbes. Il avait placé quelques éclaireurs, des « sonnettes », très en avant qui étaient chargés de situer l'ennemi et de prévenir Yesdine de leur arrivée. Je m'étais installé près de Hussein, en première ligne.

« Vers huit heures, les premiers chars serbes, quelques T-72 et de vieux T-55 de construction soviétique étaient signalés.

 

 

(...)

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