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Avertissement

320 8374183« Est-il besoin de préciser que ce roman est une œuvre de fiction même s’il se fond dans une trame historique dramatiquement réelle ? Toute ressemblance avec des personnages ayant véritablement existé ou des évènements qui se seraient vraiment déroulés serait donc purement fortuite, ou alors un coup de chance rare, hormis pour quelques salauds bien connus qui en ont été les acteurs maudits ».

« Inutile de préciser également que les droits d’auteurs sont protégés et appartiennent à Daniel Mainguy (© 2010) ».


« Cet ouvrage est publié sous forme de feuilleton, en ligne, sur www.daniel-mainguy.fr» ou en format "classique".  

 

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Ne pas reproduire sans autorisation : « frappe et on t’ouvrira ».


 Chapitre 21

 

 

 

– Troisième Partie –

 

 

 

 

 

 

 

Souraya la sublime

 

 

Ljuta,  30 juin 1995, 4h30

 

22. Hussein, le commandant Hussein, avait toujours considéré ses hommes comme ses propres fils, ceux qu'il n'aurait peut-être jamais songeait-il. Dieu avait voulu que ces hommes lui soient confiés pour les missions qu'Il avait voulu qu'Hussein mène et tous ces jeunes garçons suivaient Hussein comme leur chef, comme leur frère pour certains, leur père même s’il avait été plus âgé.

Il était à la tête de son bataillon sur une hauteur, près du village de Ljuta. Tous ses hommes étaient abrités. Tous étaient reposés, rassasiés, prêts à la bataille qu’il allait livrer. Ce ne serait pas la dernière mais, si ces renseignements étaient bon, et il était certain qu’ils étaient bons, ce serait l’une des plus importantes pour lui.

Hussein songeait à tous les instants heureux qu'il avait passés chez lui dans cette vallée de la Neretva en Herzégovine, qu’il foulait pour la première fois depuis bien longtemps, dans son village de Jelasca, auprès de ses parents. Il se souvenait de son école et de ses professeurs qui lui enseignaient la grammaire, l’orthographe, l'histoire, la géographie telles que les conseillers du Maréchal Tito voulaient que les enfants yougoslaves l'apprissent. L’unité n’était pourtant que de façade, au point que, à la mort de Tito en 1980, les divisions religieuses et  ethniques étaient réapparues, sans doute parce que la pratique de la religion n’était pas interdite en Yougoslavie comme elle l’avait été en URSS mais aussi en raison de la complexité séculaire de la question religieuse yougoslave, entre les croates et slovènes catholiques, les serbes orthodoxes et l'importance de l'église orthodoxe de Belgrade, les musulmans du Kosovo et de Bosnie, sans oublier quelques grecs orthodoxes, au sud.

Il se souvenait de ses amis, des gamins qui, comme tous les enfants du monde jouaient à la guerre ou à l'école, construisaient des cabanes dans lesquelles ils s’imaginaient un foyer, faisaient de la cuisine avec de la boue et de l'herbe, torturaient les insectes les plus inoffensifs qu'ils trouvaient ou organisaient d'interminables combats de fourmis. Tout cela il l'avait fait, il y avait bien longtemps. A peine deux ans pourtant. Il avait l'impression que c'était dans un autre univers.

 

*

 

Et puis plus tard, devenu déjà un jeune homme, il avait rencontré Souraya, d’un village voisin. De Ljuta. Souraya la Belle, la Sublime, la Magnifique.

 

Il l'avait croisée un jour que son père lui avait ordonné d'aller acheter du fourrage chez Hazim, à Ljuta, de l'autre côté de la montagne. Un incendie avait ravagé le grenier dans lequel on stockait le fourrage pour l'hiver. Tout n'avait pas été détruit mais comme l'hiver s'annonçait plus tôt que d'habitude, cette année-là, son père préférait la prudence à l'insouciance. Il avait donc envoyé son fils. Parti le matin aux aurores avec la charrette familiale, mi-animal, mi-machine, tractée par un vieux cheval poussif et chaussée de roues et de pneus de voitures en un hommage oriental aux véhicules occidentaux, il rejoignit Ljuta le soir seulement. Juste avant le coucher du soleil. Arrivé au village, il croisa un muletier à qui il demanda son chemin. Hazim habitait au centre du village étiré tout le long de la rue principale, à côté de sa grange. Pour y arriver, Hussein passa devant un des nombreux puits qui bordait la rue, une poulie romaine à balancier aidant à monter les lourds seaux chargés d'eau.

Une jeune fille tirait de l'eau. Elle plongeait le seau fait de belles planches de chêne travaillées, assemblées et ferraillées, puis tirait sur la corde, faisant actionner le balancier. La lourde pierre qui pendait à son bout faisait contrepoids, remontant le seau sans presque aucun effort, si ce n'était qu'il fallait ensuite soulever le seau pour le poser lourdement dans la brouette assise à côté. La jeune fille attrapa l'anse du seau et maladroitement, ses maigres bras dirigèrent la chute du seau vers le plateau de la brouette. La jeune fille sentit qu'elle était observée. Un jeune homme était face à elle, debout, à côté du cheval de trait dont il tenait la bride. Elle ne l'avait pas entendu arriver, toute occupée à concentrer son effort sur sa quête de l'eau. Elle se redressa. Son regard croisa celui d'Hussein qui fut subitement troublé. Les filles avaient toujours été des compagnons de jeux dont les garçons ne parlaient qu'à voix basse et avec envie, comme on chasse le goût d'une chose dont on sait que l'on désire en réalité et que l'on sait délicieuse mais que l'on ne connaît pas. Elle était très belle pour ce qu'il avait pu en voir. Aucune fille n'était aussi belle au village. Elle le trouvait à son tour très beau. Il avait de grands yeux bleus, chose rare pour un paysan bosniaque. Il était pauvrement vêtu mais portait fièrement sa veste qui dessinait de larges épaules encadrant un corps musclé, des jambes solides. Elle soutint un temps son regard, quelques infimes secondes. Il avait vraiment de beaux yeux bleus, de grands et longs cils, comme ceux des belles et riches filles de Sarajevo qui se les passent au mascara venu de Lubjana ou d'Italie. Il ne portait pas de moustache au contraire de beaucoup de musulmans, quoique qu'il lui parut déjà âgé, vingt ans, vingt-deux ans peut-être. Elle pouvait observer un nez fin surplombant une bouche bien dessinée. Celle d'un homme décidé, sûr de lui. Même si la commissure des lèvres pointant légèrement vers le ciel lui donnait un petit air de noblesse ironique, ou cynique. Cruelle même peut-être. Non, pas cruel, ni cynique. Décidé. Elle baissa son regard, attrapa les bras de la brouette et disparut, sans jeter un regard derrière elle.

Hussein était resté cloué sur place. Il regardait s'éloigner cette fille. Il avait lâché la bride de son cheval qui mâchouillait quelques herbes, un peu plus loin, au pied d'un vieux paysan, caché dans sa barbe blanche si touffue qu’on ne pouvait deviner si elle l'emportait sur ses cheveux ou si c'était le contraire. Hussein se planta devant lui, récupérant cheval et charrette.

— Je suis Dragan « Hussein » Blavic. Je viens de Jelasca, de l’autre côté de la montagne, et je cherche Hazim, le marchand de fourrage, dit-il, cérémonieux, au grand barbu qui le dévisageait.

— Tu l'a trouvé, Dragan « Hussein » de Jelasca dit-il observant le jeune homme en hochant la tête, soupçonneux devant cette annonce de double prénom. Il tendit le bras, désignant une grange située quelques maisons plus loin.

 

 

 

(...) 

 

La suite sur

   

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