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320 8374183Avertissement

 

« Est-il besoin de préciser que ce roman est une œuvre de fiction même s’il se fond dans une trame historique dramatiquement réelle ? Toute ressemblance avec des personnages ayant véritablement existé ou des évènements qui se seraient vraiment déroulés serait donc purement fortuite, ou alors un coup de chance rare, hormis pour quelques salauds bien connus qui en ont été les acteurs maudits ».

  

 

« Inutile de préciser également que les droits d’auteurs sont protégés et appartiennent à Daniel Mainguy (© 2010) ».

 

  

« Cet ouvrage est publié sous forme de feuilleton, en ligne, en format .pdf ou html sur www.daniel-mainguy.fr».




Ne pas reproduire sans autorisation : « frappe et on t’ouvrira ».

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Le précédent chapitre 4                                          Le suivant,chapitre 6 

 

 


Chapitre 5



Engagé volontaire

 

 

Rahya n'était pas son véritable nom. Il se nommait Louis-Philippe Rahyadjalahda. Mais Rahya et Lemercier, pour en avoir fait l'un comme l'autre l'expérience, étaient convenus que ce vrai nom était imprononçable pour un gosier français, inaudible pour une oreille occidentale. Aussi, avaient-ils trouvé que Rahya était un habile et honorable compromis linguistique. D'autant que l'exotisme suggéré du patronyme était chassé par le classicisme voire le conservatisme des prénoms choisis par son père. Lui-même s'appelait Louis-Napoléon et son père Louis, et le père de son père Henri. Tous les garçons de sa famille avaient un prénom français et si possible un prénom royal ou impérial ou, parfois, celui du colonel ou du capitaine de leur propre père. De façon à rassurer tous les curieux et préserver une fidélité à la France, ce pays lointain et merveilleux. 

 

Rahya, donc. Et c'était ainsi depuis près de dix ans. Depuis les dix ans de leur amitié. Lemercier avait alors vingt et un ans. Jeune aspirant entré depuis peu à Saint-Cyr ; il entamait sa première année dans la prestigieuse école d'officier par une formation militaire en régiment. Intelligent, sportif, évidement doué pour la chose militaire, il avait achevé sa formation initiale parmi les tous premiers de sa promotion. Il avait alors pu choisir le régiment de ses vœux et avait opté pour le 6ème Régiment parachutiste d'infanterie de marine, basé à Mont-de-Marsan.

 Rahya, jeune, pauvre, vivant à Pondichéry, l’un des anciens comptoirs français situé sur la côte sud-est de l'Inde, avait profité de cette tradition de l'armée coloniale française qui, alors qu'elle recherchait des jeunes soldats pour ses nombreuses aventures militaires, permettait aux jeunes habitants des comptoirs français de s'engager dans l'armée française, dans la « coloniale », avec pour perspective de mourir pour la France ou de revenir au pays bourré d'images du monde entier et riche de quelques dizaines de milliers de francs voire de devenir français eux-mêmes. On les appelait les « pondiches », par affection sans doute et pour que perdure cette belle tradition. Comme son père, son frère aîné, et les pères de ses pères, il avait lui aussi suivi la voie tracée par beaucoup des hommes de sa famille et de sa ville natale.

 Son père lui avait un peu forcé la main. A cette époque, Rahya s'était spécialisé dans le cambriolage des belles maisons des hauteurs de Pondichéry. Il était connu parmi les jeunes de son quartier comme le roi de la serrure et des systèmes d'alarme. Un jour l'aventure avait mal tourné.

 Au poste de police dans lequel ils avaient été conduits, le chef de la police avait sursauté en entendant le nom de Rahya. Et pour cause, il avait servi dans le même régiment français que son père. Il lui avait aussitôt téléphoné et ensemble, ils s'étaient arrangés pour que Rahya fût omis du procès-verbal. Son père et le policier avaient alors exigé du jeune homme qu'il s'exilât en France, afin de se voir offrir une nouvelle chance. Il valait mieux, pensaient-ils avec quelque raison, passer cinq ans sous l'uniforme français que moisir dans les geôles indiennes en attendant d'être jugé et de subir une peine du double.

 Jeune engagé « volontaire », on lui avait demandé s'il voulait rejoindre une unité parachutiste. Comme son grand-père avait servi dans un commando de SAS formé par les anglais pendant la deuxième guerre mondiale, son père avait trouvé que c'était un bon moyen de lui rendre hommage et avait accepté à la place de son fils. Rahya fut ainsi affecté au 6ème RPIMa. Il avait alors simplement croisé Lemercier qui était un jeune aspirant, mais l'avait retrouvé trois ans plus tard. Rahya était devenu caporal-chef, Lemercier, lieutenant, sorti de Saint-Cyr et de l'Ecole d'application de l'infanterie.

Quelques mois plus tard, le régiment était en alerte « Guépard », une de ces alertes routinières qui imposent cependant à tous les membres d'une compagnie du régiment ou du régiment tout entier de se tenir à la disposition immédiate du commandement de la Force d'action rapide. Hommes, armes, véhicules et bagages prêts au départ, pour une intervention outre-mer, en Afrique le plus souvent ou partout ailleurs dans le monde. Le commandant de la compagnie de Rahya reçut l'ordre de se rendre à Beyrouth où l'on craignait un regain de violence entre factions islamiques rivales. L’ambassade de France risquait une nouvelle fois d’en faire les frais. Il s’agissait de soutenir deux compagnies d'un autre régiment qui stationnaient là depuis plusieurs mois.

Un jeune chiite avait, quelques heures auparavant, attaqué un poste français à la grenade avant de se faire tuer en se jetant contre les chevaux de frise qui protégeaient l'entrée. Il était mort sans même pouvoir espérer approcher quiconque, non sans hurler le nom de Dieu qui, à n'en pas douter, devait fermer ou hausser les yeux face à tant de haine avant, miséricordieux, de recueillir son âme. Les âmes, il faut l'espérer, ne haïssent plus.

Le chef de la section de Rahya étant indisponible, le colonel demanda à Lemercier d'assurer l'intérim. Il accepta évidemment. Tout ce qui lui permettait d'échapper à la routine de l'entraînement de caserne était le bienvenu, d’autant que les aventures véritablement militaires étaient rares : le Liban, le Tchad, outre une affectation outre-mer, était à peu près tout ce que les militaires pouvaient se voir offrir depuis plus de vingt ans. Lemercier n’était ni un va-t-en guerre ni un héros romantique, mais il avait choisi le métier des armes pour cet esprit d’aventure qui leur manquait cruellement.

 

La suite, chapitre 6  et

  

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