Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 08:44

Testament à l’anglaise, de Jonathan Coe à qui on doit aussi Bienvenue au club, est un véritable petit bijou, un de ces bijoux anciens, un bijou finement travaillé, un travail d’orfèvre, forcément très difficile à décrire.

coeestamentC’est à la fois une sorte de roman policier, un fable familiale, une critique farouche des « Tories » et des années Thatcher, un vibrant plaidoyer contre cet argent qui tue, contre toutes les magouilles du monde des affaires.

Le mode narratif utilisé par Jonathan Coe est étourdissant : cela commence par une situation en forme de huis –clos, le héros, Michael Owen est enfermé dans son petit appartement et passe sa vie devant la télévision, plus exactement, alterne entre la télévision et un film qui l’obsède depuis tout petit, A chacun son dû et l’actrice principale notamment, Shirley Eaton (celle qui meurt recouverte d’or dans Goldfinger), plus exactement une scène du film où, dans une vieille maison, rassemblant divers personnage, l’un d’entre meurt, et le héros du film se rend dans la chambre de Shirley Eaton, pensant trouver la sienne et découvre le corps dénudé de celle-ci, refusant la proposition de dormir sans son lit. Bon évidemment, vu ainsi cela n’est guère engageant (mais je n’ai pas le talent de Coe) et pourtant cette scène est l’un de sfils d’ariane du livre, jusque ce que Michael la revive véritablement, à la fin du livre, une fin digne de dix petits nègres d’Agatha Christie.

Michael rencontre sa voisine, Fiona et va nouer pendant quelques mois une relationplatonique, faite de relation ambigüe de frère à sœur, d’infirmière, qui va le sortir de cette apathie mortifère, qu’on ne comprends d’ailleurs pas bien sinon qu’elle semble remonter à une dispute avec sa mère, quelques années auparavant. Et puis très vite, on comprend que Michael est chargé par un éditeur d’écrire l’histoire d’une famille anglaise celle des Windshaw.

Famille absolument épouvantable dont on suit la vie depuis les années 1940 jusqu’aux années 1990 à travers trois générations, toutes plus infectes les unes que les autres, l’un est un banquier rapace, l’autre un homme politique qui passe son temps à trahir, un troisième devient un marchand d’armes qui passe son temps à armer Saddam Hussein, un autre est un critique d’art pourri, l’une une ex-fermière qui devient le champion de la malbouffe, une star des junk médias, etc., tous représentent ce qu’on peut trouver de plus cynique, de plus minable (et génial dans la réussite), de plus inhumain dans la société anglaise (et sans doute d’ailleurs).

Chacun est ainsi peint, par Michael, dans son livre de commande, dont les chapitres s'intercalent dans ceux de la vie de Michael, ce qui est un peu surprenant au début mais qui précisément, révèle le choix narratif de Coe, livre de commande, donc, dont on découvre qu’elle provient de Thabita, une vieille folle (mais elle a vingt ans en 1940) suspecte son frère Lawrence de trahir au profit des allemands, voire d’avoir vendu son frère Godfrey, pilote de la RAF et abattu en Allemagne au cours d’une mission de reconnaissance aérienne. Vingt ans plus tard, au cours de l’anniversaire de leur frère, Thabita revient dans la maison des Windshaw, la Windshaw Tower qui présente tous les aspects de la maison sinistre du film fil d’ariane, et Lawrence tue un type qui a pénétré dans la maison, dont l'identité se révèle, peu à peu essentielle.


On l’aura compris, tout se mélange dans le livre, les personnages, les dates, les rencontres, les événements, à un point et selon une logique tels, et je ne saurais continuer de le présenter ici, sauf à priver la lecture de tout intérêt, que Coe réalise un véritable macramé littéraire, où rien n’est laissé au hasard, les personnages les plus invraisemblables apparaissent, tous avec un rôle précis qui ne se révèle qu’au fur et à mesure de la progression du livre, jusqu'à une fin…enfin, une fin quoi.


C’est un livre magistral, une formidable peinture d’une certaine Angleterre, sans se vouloir pourtant un livre social, une construction véritablement sidérante, un style génial. Un régal.

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